Pour suspendre le temps parmi les guerres, la vitesse et les écrans qui l’accélèrent, La Station théâtre réunit dans une même soirée deux artistes sublimes et merveilleuses dans le chant, le poème, la musique et le verbe de multiples poètes.
Catherine Anne œuvre par le verbe et l’écriture. Depuis 50 ans, elle écrit et met en scène. Elle vient d’achever son projet de compagnie. Ses pièces sont éditées chez Actes Sud. Elle a joué avec Claude Régy, Jacques Lassalle, Jean-Louis Martinelli, Carole Thibaut. Aujourd’hui son rythme de carrière ralentit. Elle se donne donc au poème : «On ne rêve plus. On est rêvée. Silence / On n’est plus pressée de savoir» (Michaux). Dans la métamorphose du corps et la nécessité du geste, de l’écoute et du désir. Elle l’écrit dans Le Temps lent:«Étire le temps / Garde la peau frêle et fragile et sensible / Garde le regard ému et avide / Garde l’enfance».
A fleur de peau, le chant de Guylène Haslé plane comme un lac. Cordes et respirations ténues des légers instruments dont elle s’accompagne jouent de l’hypnose comme le font les figures jamais fixées des murmurations d’étourneaux dans le ciel. Grâce insaisissable à laquelle viennent se soumettre, presque étourdis, les mots des poèmes qui composent son récital. Nous devenons ces tous petits enfants auxquels elle consacre d’habitude son art du chant, de la musique et du récit, et ressentons le don de la beauté offerte à l’innocence: «Et nos pas allaient nus, dans l’herbe sans mémoire» pour glisser de nos sièges à cet autre vers d’Yves Bonnefoy: «Oh, que tant d’évidence ne cesse pas ».
