Un clown explore l’art contemporain à travers une conférence érudite rythmée par des pastiches de performances célèbres, plastiques et musicales, avec une banane, un marteau, du sang, un ukulélé, un petit orchestre de casseroles et une sculpture hyper réaliste à ressusciter.
En jouant avec les concepts et l’histoire de l’art contemporain sur un plateau encombré d’oeuvres hétéroclites, Champion va s’efforcer de nous démontrer que ceci est un spectacle, et pas du pipeau.
Bavard, drôle et d’une bienveillance rusée, il rythme sa conférence par le Boléro de Ravel dont il confie l’exécution à un orchestre de casseroles percutées, par le silence imité des 4 mn 33 de la partition de John Cage, qu’il introduit de quelques accords de ukulélé, par les coups de marteau dont il casse une petite sculpture romantique pour libérer son âme dans un panache de poussière. Il évoque la pissotière de Marcel Duchamp et reproduit le scotchage de la banane de Catellan dont il fait lire le mode d’emploi par un spectateur.
Puis, dans le geste magnanime du modernisme, il libère sa partenaire de son statut d’oeuvre hyper-réaliste. Elle étouffait, immobile, sous une bâche de protection translucide depuis le début du spectacle. Elle peut maintenant le déranger, pelle et balayette en mains, avec son impertinence et quelques chansons trop à coeur exécutées.
Pour reprendre la main et conclure dans un éclair de génie soudant l’artifice à la vitalité, Champion fait jaillir de son avant-bras son propre sang dont il complète d’ arabesques les traces menstruelles qui imprègnent la grande toile dressée en fond de scène, non sans nous en avoir attesté auparavant la provenance historique.